Après la décision du Conseil d'Etat de suspendre le transfert de l'ex porte-avions Le Clemenceau et celle du Président de la République de le faire rapatrier, l'Andeva et le Comité Anti-amiante Jussieu attendent maintenant, avec beaucoup d'impatience, la vérité sur la quantité d'amiante restant à bord promise par Madame Alliot-Marie, ministre de la Défense.
Selon les informations en notre possession et les nombreux témoignages parus dans la presse, il existe, pour le moins, des doutes sérieux sur les chiffres de 46 tonnes d'amiante restant à bord de l'ex porte avions, comme sur ceux des 115 tonnes retirées, avancés à de nombreuses reprises par la ministre et son entourage, à la presse et à l'Assemblée nationale.
Tout d'abord, en ce qui concerne la quantité d'amiante enlevée : si l'on décompte les bordereaux de pesée des quantités d'amiante à l'arrivée au centre d'enfouissement, c'est 70 tonnes qui ont été expédiées suite au désamiantage effectué par la société Technopure. A cela il faut ajouter 8 tonnes enlevées après au cours du désamiantage complémentaire effectué par Prestosid, soit au total 78 tonnes. On est donc loin des 115 tonnes avancées par la ministre. Quant à la quantité d'amiante présent dans le Clemenceau, ce qui est choquant, c'est que la ministre n'ait pas été capable d'avancer la moindre preuve sérieuse justifiant du chiffre de 160 tonnes qu'elle ne cesse de clamer depuis le début de cette affaire. Pourtant des documents existent. Il s'agit des estimations réalisées par les entreprises qui ont répondu à l'appel d'offre. Certaines d'entre elles qui ont fait des repérages précis, pièce par pièce, de l'amiante en place dans le « Clem », ont estimé la quantité à 250 tonnes pour le seul amiante friable. Que Madame Alliot-Marie rende publiques ces estimations et l'on verra bien alors qui dit la vérité !
Compte tenu de l'ampleur prise par cette affaire au niveau international, l'Andeva et le Comité anti-amiante Jussieu demandent la création d'une commission d'enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur la gestion calamiteuse de ce projet. Cela permettra peut-être d'y voir plus clair sur la quantité d'amiante restant à bord, et préparera le désamiantage final qui devra être effectué à Brest. Nous attendons également que toute la lumière soit faite sur le recours à une société écran de droit panaméen (SDI) et sur l'action précise de cette dernière. Nous attendons aussi les explications de la ministre sur les critères qui l'ont conduit à ne faire enlever que l'amiante visible et accessible, alors que des propositions ont été faites par des entreprises compétentes et expérimentées d'enlever la totalité de l'amiante.
Par ailleurs, les deux associations se constitueront partie civile dans la procédure judiciaire demandée par la ministre de la Défense sur les conditions du premier désamiantage effectué par la société Technopure à Toulon, et demanderont l'extension de la procédure à l'ensemble de l'opération.