La décision rendue ce jour par le Conseil d'Etat suspendant le transfert de l'ex porte-avions Clemenceau pour y être désamianté puis démantelé permet enfin au droit de l'environnement de triompher de la mauvaise foi- et parfois des mensonges - du gouvernement français. Depuis plus d'un an, l'Andeva et le Comité anti-amiante Jussieu, en coopération avec Greenpeace et d'autres associations, se battent pour que la France respecte ses engagements internationaux en matière de gestion de ses déchets toxiques, ainsi que les réglementations européenne et nationale sur cette question. Tour à tour, nous avons alerté la ministre de la Défense, le Premier ministre et enfin le Président de la République des graves conséquences qu'entraînerait immanquablement le désamiantage du Clemenceau en Inde, c'est à dire dans un pays qui ne possède ni la réglementation, ni le savoir-faire pour réaliser une opération à hauts risques.
Depuis plus d'un an, nous n'avons eu de cesse de rappeler l'ensemble des réglementations en la matière. Et depuis plus d'un an, ministre, membres de cabinets ministériels, hauts fonctionnaires n'ont eu de cesse d'inventer les arguments les plus fallacieux pour tromper l'opinion publique, la représentation nationale ainsi que les juridictions et empêcher ainsi l'application du droit.
Les associations sont donc satisfaites de l'arrêt du Conseil d'Etat. La portée de celui-ci dépasse de très loin la seule affaire du Clemenceau. Désormais, il est patent que la France devra se conformer au droit européen et, en particulier, au règlement du Conseil des Communautés du 1er février 1993 concernant la surveillance et le contrôle des transferts de déchets vers des pays qui ne possèdent pas la technologie pour en assurer le traitement. Il est également clair que tous les navires, de commerce ou de guerre, sont concernés. C'est donc une avancée considérable, compte tenu du grand nombre de navires en fin de vie qui doivent être recyclés. Nous souhaitons maintenant que la France, qui s'est couverte de ridicule sur la scène internationale, se rattrape en veillant à faire terminer le désamiantage de l'ex porte-avions dans des conditions exemplaires pour la sécurité des travailleurs et l'environnement.